La Comtesse de Bragada et son grimoire

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mercredi 29 juillet 2009

La Maudite de Souberbal (extrait)

Ce fut André, le fils du maréchal-ferrant, qui réaccrocha un sourire aux lèvres de Margot.

Elle pensait toujours à Elie, mais la vie continuait.

André l'amusa tant et si bien que lorsqu'il lui demanda sa main, elle accepta avec joie.

Les villageois se préparèrent pour la noce.

Tout Souberbal était en liesse.

Margot agenouillée devant l'autel, attendait l'entrée de son futur époux. ...

Ce fut en vain.

Une violente douleur au coeur avait terrassé André sur le chemin de l'église.


*****

Certains commencèrent à jaser, à Souberbal. Le malheur de Margot paraissait étrange. Ils n'allèrent tout de même pas jusqu'à supposer une intervention diabolique.

Mais les hommes de Souberbal évitèrent de courtiser Margot.

...

Elle dût attendre un commerçant de passage pour retrouver l'ivresse de l'amour.

...

Il l'épousa après un mois de cour assidue.


*****

Pendant leur voyage de noce, le jeune marié attrapa une mauvaise toux qui l'emporta en trois jours.

Plus aucun doute pour les villageois de Souberbal:

Margot était maudite.

A SUIVRE...

mercredi 3 juin 2009

Montcornus (extrait)

Guillaume, du bout des lèvres, siffla doucement sous la fenêtre de Madeleine. Elle était encore à table, son père n'avait pas fini son repas.

D'une main aux ongles éculés, il récura son assiette d'une grosse mie de pain. La dernière bouchée avalée, une gorgée de vin chaud en suivant, il essuya méticuleusement la lame de son couteau et la replia dans le manche sculpté. Signal que Madeleine avait enfin le droit de quitter la table.

Où vas-tu?” interrogea-t-il d'une voix autoritaire.

Me coucher, père. De pelleverser le jardin m'a épuisée.”

Silencieusement, après avoir embrassé le front de cet homme bourru, elle gravit l'escalier de bois sombre qui craquait sous chacun de ses pas.

La porte de la chambre refermée,

elle se précipita sur le balcon où l'attendait Guillaume.

Ensemble, ils prirent le sentier du Picou, ce petit mamelon boisé en son sommet, en plein coeur des Pyrénées, qui hébergeait leurs amours caressantes.

Là, Guillaume défit l'un après l'autre les petits boutons blancs de la chemise de Madeleine.

Les yeux fermés, elle laissait faire.

Elle attendait tout,

la vie,

la passion,

la mort.

Tout se mélangeait dans cet instant exalté,

son corps seul parlait...

vendredi 18 juillet 2008

La maudite de Souberbal (extrait)

Vraiment, vous ne connaissez pas la Maudite de Souberbal?

Une sacrée histoire en vérité!

J'en fus l'un des témoins...

Pourtant, je me demande si je n'ai pas rêvé:

imaginez,

une histoire de fantômes,

cela ne peut être que dans les légendes

Diable non!

Écoutez plutôt...


*****

Les moissons venaient de s'achever sur les pentes de Souberbal. Les villageois avaient pour habitude d'en célébrer la fin par un bal. C'était là l'occasion pour les célibataires de trouver femme avant les rudesses de l'hiver. La fête avait bonne mine: tout le monde portait le costume traditionnel et tous riaient, chantaient, dansaient.


*****

Elie était beau garçon et en âge de se marier. Les filles de Souberbal le savaient et elles espéraient toutes... Les danses se suivaient mais il n'avait toujours invité personne. Qu'attendait-il donc?

Jeanne essayait pourtant d'accrocher son regard par des effets de jupons. Adèle papillonnait des cils en lui envoyant son regard de velours.

Mais Elie ne semblait voir personne.

Quand vînt la traditionnelle danse des Liadours, il se décida. Traversant la piste sans prêter la moindre attention à Rose-Marie, ni à Madeleine ou Hortense, il enleva Margot qui se tenait dans l'ombre. Timide, le rose aux joues, elle ne le quitta pas des yeux de crainte que si elle les fermait, toute la magie du moment disparût et Elie avec elle.

Il l'avait choisie; il la prenait pour femme.


*****

Le mariage fut fixé à la fin de l'automne. En attendant, les jeunes gens apprenaient à se connaître.

Elie était vaillant et ambitieux, il projetait d'acheter une ou deux vaches avec la dote de Margot.

Elle paraissait simple, généreuse et sans soucis.

Quelque chose l'intriguait pourtant: à certains moments de la journée, elle sentait une présence derrière elle... alors qu'il n'y avait personne.

Mais de cela elle n'osait en parler à quiconque de peur qu'on ne la prit pour folle.


*****

Les jours passaient. Elie semblait fatigué. De plus en plus.

“J'ai sûrement trop travaillé cet été. Quand l'hiver sera là, je me reposerai” répétait-il à Margot qui s'inquiétait.

Puis il fallu quérir le médecin qui ne comprit rien au mal d'Elie.

Alors on repoussa le mariage d'une saison.

Aux premiers flocons de neige, Elie mourut. On couvrit les miroirs et Margot prit le deuil...

lundi 14 mai 2007

La soulaine 3

Il s'agit d'une jeune femme... entièrement nue...

Elle est allongée les pieds dans l'eau fraîche, pleinement livrée aux caresses du soleil. Ses yeux sont clos, sa bouche entr'ouverte, son souffle saccadé, ses jambes largement écartées, ses mains parcourant ses courbes dans l'attente du plaisir.

Marchambeau ressent alors une chaleur agréable dans le bas de son ventre et dans un mouvement de va et vient instinctif, il se frotte contre la racine émergée du tronc d'arbre qui le cache.

En lui monte le désir de rejoindre cette femme pour se perdre en elle...

Là il pense à sa fiancée... « NON, je ne dois pas.. ».

Fermant les yeux, il invoque tous les saints pour le libérer de cette envie: « ...délivrez-moi de la tentation, je vous en supplie, je ne veux pas succomber... »

Détournant le regard, il se relève et retourne à sa pêche en plein milieu du Fauls. Tentant de se concentrer sur sa ligne, sa vue se trouble et il ne voit pas le gros poisson qui mord à l'hameçon...

À SUIVRE...

lundi 26 février 2007

La maudite de Souberbal 1

Vraiment, vous ne connaissez pas la Maudite de Souberbal?

Une sacrée histoire en vérité!

J'en fus l'un des témoins...

Pourtant, je me demande si je n'ai pas rêvé:

imaginez,

une histoire de fantômes,

cela ne peut être que dans les légendes

Diable non!

Ecoutez plutôt...


*****

Les moissons venaient de s'achever sur les pentes de Souberbal.

Les villageois avaient pour habitude d'en célébrer la fin par un bal. C'était là l'occasion pour les célibataires de trouver femme avant les rudesses de l'hiver.

La fête avait bonne mine: tout le monde portait le costume traditionnel et tous riaient, chantaient, dansaient.


*****

Elie était beau garçon et en âge de se marier. Les filles de Souberbal le savaient et elles espéraient toutes... Les danses se suivaient mais il n'avait toujours invité personne. Qu'attendait-il donc?

Jeanne essayait pourtant d'accrocher son regard par des effets de jupons. Adèle papillonnait des cils en lui envoyant son regard de velours.

Mais Elie ne semblait voir personne.

Quand vînt la traditionnelle danse des Liadours, il se décida. Traversant la piste sans prêter la moindre attention à Rose-Marie, ni à Madeleine ou Hortense, il enleva Margot qui se tenait dans l'ombre. Timide, le rose aux joues, elle ne le quitta pas des yeux de crainte que si elle les fermait, toute la magie du moment disparût et Elie avec elle.

Il l'avait choisie; il la prenait pour femme.

A SUIVRE...

jeudi 15 février 2007

Le Houérou du Riou Moulé 4

Le père de Guilhaumette entendit le Houérou annoncer:

« Plus qu'une, maître,

Et je serai immortel et invincible.

J'anéantirai les Hommes pour régner sur ce Monde

et de ces jeunes filles soumises que j'engrosserai,

naîtront mes sujets! »


*****

Tout devenait clair à présent pour le père de Guilhaumette: sa fille était la dernière vierge nécessaire au Houérou pour réaliser son dessein machiavelique. Il devait empêcher absolument qu'il la possède.

« Mais comment faire?

Je suis trop loin du village pour aller chercher de l'aide,

je suis seul! »

« Non » répondit une voix caverneuse. « Nous sommes avec toi. »

Le père se retourna d'un bond et découvrit les fantomes des ours, massacrés par lui-même et les villageois de Montcaup.

« Comment est-ce possible?» articula-t-il, tremblant.

« Notre mort était injuste.

Si nous décidons de t'aider, c'est pour te donner une chance de voir les choses autrement,

à toi et aux tiens,

afin d'éviter de recommettre l'irréparable. »

« Vous ne m'en voulez pas? »

« La rancune est humaine. »

« Vous voulez m'aider par générosité? »

« Par justice . »

« J'accepte avec joie et je fais serment de vous honorer. »

La bagarre s'engagea alors...

Face aux fantomes, le Houérou ne put rien. Il tenta pourtant, s'agrippant de toutes ses forces à Guilhaumette.

Mais les ours ne lui laissèrent aucune chance.

Son corps fut livré aux aigles.


*****

Aujourd'hui les villageois de Montcaup ont élevés une statue à la gloire des ours, sur la place du marché. En guise de remerciements, chaque jeune fille qui se marie lui fait une offrande.

FIN.

mardi 16 janvier 2007

Montcornus 3

A la naissance du jour, la fenêtre ouverte sur le soleil encore froid, Madeleine chercha du bout de ses doigts fuselés, la cicatrice de la veille, avec l'espoir qu'elle aurait disparue...

Elle y était encore;

Et une autre aussi, en plein milieu de son ventre, telle une vilaine césarienne taillée sans précaution, d'un unique coup de couteau.

Madeleine prit peur.

Elle voyait là une manifestation du diable, le jugement, la condamnation de ses amours cachées à son père.

“Mais non” répondit Guillaume, “le diable absoud plutôt l'interdit. Toutefois, d'après les notes griffonnées que j'ai découvertes dans le grenier de mon arrière grand-père, il y a peut-être un rapport avec le malin, mais pas comme tu le crois.”

Explique-toi Guillaume, je tremble de partout.”

“Il y a plus d'un siècle, la région a connu bon nombre de messes noires. Des sabbats, avec des sacrifices de femmes, dans la plus pure tradition de l'horreur. Le maître de cérémonie, cagoulé, enfonçait ses mains griffues dans la poitrine de ses victimes et en ressortait le coeur toujours battant pour en faire don aux démons. Les femmes souvent engrossées, étaient ouvertes d'une hanche à l'autre, d'un coup de poignard et l'enfant qu'elles portaient, offert à l'appétit féroce et insatiable de Belzébuth.

Avant d'être baptisé le Picou, ce mamelon s'appelait Mont Cornus, le mont du diable!

C'était l'un des endroits favoris pour ces rites ravageurs, un mont ferreux qui apprivoisait la foudre.”

“Et mes cicatrices, d'où viennent-elles?" interrogea Madeleine cramponnée au bras de Guillaume.

“Bido, le vieux fou du village, le seul qui semble se souvenir de ces légendes, m'a raconté ceci: les monstruosités qui s'y déroulèrent furent telles, que le lieu s'en trouva saturé. Il s'en libère aujourd'hui en empreignant les stigmates de ces meurtrissures sur le corps des promeneuses.”

"N'y retournons plus Guillaume.”

“Aies confiance, Mado, je vais conjurer le sortilège.”

A SUIVRE...

jeudi 11 janvier 2007

Montcornus 1

Guillaume, du bout des lèvres, siffla doucement sous la fenêtre de Madeleine. Elle était encore à table, son père n'avait pas fini son repas.

D'une main aux ongles éculés, il récura son assiette d'une grosse mie de pain. La dernière bouchée avalée, une gorgée de vin chaud en suivant, il essuya méticuleusement la lame de son couteau et la replia dans le manche sculpté. Signal que Madeleine avait enfin le droit de quitter la table.

Où vas-tu?” interrogea-t-il d'une voix autoritaire.

Me coucher, père. De pelleverser le jardin m'a épuisée.”

Silencieusement, après avoir embrassé le front de cet homme bourru, elle gravit l'escalier de bois sombre qui craquait sous chacun de ses pas.

La porte de la chambre refermée,

elle se précipita sur le balcon où l'attendait Guillaume.

Ensemble, ils prirent le sentier du Picou, ce petit mamelon boisé en son sommet, en plein coeur des Pyrénées, qui hébergeait leurs amours caressantes.

Là, Guillaume défit l'un après l'autre les petits boutons blancs de la chemise de Madeleine.

Les yeux fermés, elle laissait faire.

Elle attendait tout,

la vie,

la passion,

la mort.

Tout se mélangeait dans cet instant exalté,

son corps seul parlait...

A SUIVRE...


*****