La Comtesse de Bragada et son grimoire

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mardi 16 septembre 2008

Douce

Fidéline s'est assise à son balcon.

D'un doigt, elle écarte le vieux rideau de dentelle qu'elle laisse voleter devant la fenêtre totalement ouverte.

Les yeux mi-clos, Fidéline hume les senteurs d'herbes qui montent jusqu'à elle suivant tranquillement le dessin de l'horizon verdoyant.

Des coquelicots frissonnent dans le vase de verre posé à côté d'elle sur le guéridon.

La vie paraît presque douce...

La chatte vient ronronner à ses chevilles...

Il existe des moments de paix où l'harmonie des choses et des vies enveloppe l'instant.

Josine 1934-2006

mercredi 5 mars 2008

La Rêverie

La Rêverie est folle

Elle quitte la vie

et sculpte des formes ivres

faites d'amour et de lianes

et de chaleur.


*****

La Rêverie est bleue

Elle quitte l'herbe

et flotte vers l'eau

à travers les arbres

lancée dans l'air


*****

La Rêverie sent l'âpre

Elle quitte ma pensée

et viole l'impossible

autoritaire et douce à la fois


*****

La Rêverie

c'est la femme

et l'homme mêlés.

Josine 1934-2006

jeudi 14 février 2008

LOUISE (suite)

Dimanche.

Il bruine.

Louise retrouve aujourd'hui au creux de l'estomac, cette douce nostalgie qui suit le départ de l'ami avec lequel elle a été si bien.

Sans prise de pouvoir.

Sans langueur.

Sans regret remué.

Dans le déroulement naturel d'elle et de lui, côte à côte, bavards, rieurs, présents ensemble à chaque moment différents vécus.

Le printemps sur trois jours...

Ce soir dans la maison, elle a tout éteint. Louise circule à tâtons et écoute les bruits inconnus des différentes pièces, les craquements du bois entreposé dans la cheminée, une infime goutte d'eau dans l'évier, une poche de papier qui peut-être se détend et quelques autres bruits insituables.

S'arrêtant, debout, dans la nuit de son habitation, Louise promène sa pensée sur quelque chose, se disant qu'elle existe ainsi en son absence. Louise mesure la clarté de la nuit, qui, à force de regarder, éclaire en pénombre ces lieux, où les reliefs deviennent différents. À tâtons encore, mais en se souvenant de la place des choses par terre ou sur les marches de l'escalier, Louise est montée jusqu'à sa chambre et retrouve son fauteuil dans le calme de la pièce.

La lueur rouge du radio-réveil indique 22H44. Dans le noir, Louise dit cet éternel "je vous salue Marie..." se surprenant à demander protection... "faites que..."

Louise ouvre les yeux... ouvre les bras... Se ressent seule, coulée dans une fragilité essoufflante.

Elle tombe alors là, figée, ne vivant dans son sang que l'essence de chaque souvenir.

FIN

Josine 1934-2006

dimanche 3 février 2008

LOUISE (suite)

La sonnerie du téléphone fait sortir Louise.

Elle s'enveloppe dans le peignoir d'éponge attrapé au vol. Court jusqu'à la chambre.

Elle se laisse chûter sur un coussin.

C'est le souffle enjoué qu'elle chante "Allo"? dans le combiné...

...Et Guillame répond par un rire.

L'ensemble de la pièce se met à tourner dans l'émotion que ressent alors Louise.

En fermant les yeux, elle écoute cette voix rauque, chaude et mâle.

Guillaume arrive...

Ce fut une douceur extraordinaire pour Louise que de retrouver sur le visage de Guillaume, cette odeur de terre, de ciel, d'eau, de liberté, d'ailleurs.

Son souffle lent et large effleura l'oreille de Louise qui se sentit enveloppée d'une tiédeur rassurante, lui indiquant l'envie de Guillaume pour elle.

Louise écouta son cœur taper plus fort. À fleur de peau, elle sentit une tiède transpiration suinter sur ses flancs.

Une indulgence toute ronde a attendri ses émotions et être avec lui à son toucher, a été là sa seule raison d'être en vie.

Lorsque la pulpe de la lèvre a posé un frisson mouillé sur sa paupière, elle a pensé qu'elle avait raison pour la vie, de connaître Guillaume.

À SUIVRE...

Josine 1934-2006

lundi 28 janvier 2008

LOUISE (suite)

Au dessus des toits gris, le ciel se découpe en bourrelets roses et argentés.

La solitude solide de Louise, fidèle et sourde, ouvre ses yeux sur l'immensité de l'air qui sombrit. Les murs protecteurs abritent l'âme, calment les excessivités, Louise se sent étouffée et libérée à la fois.

Des échappées:

le télépone, sa voix, sa chaleur, ses ondes d'espoir, ses échos, ses intonations...

la fenêtre, le ciel, l'air, les couleurs, la largeur...

la télévision, le rêve, l'ailleurs, le pari, le jeu...

Louise joue à vivre, à rire, à écrire, à pourrir, à revivre, à lire, à dire, Louise joue à jouer, sa façon d'avancer. Elle roule des boules de mots ou bien elle inscrit des situations et les roule aussi. Quand la boule explose, c'est l'égrènement des lignes, des sons, elle les rattrappe, les regroupe, les fixe... et là finit le jeu.

Louise est là. C'est une grande pièce carrée entièrement carrelée de céramique bleue.

La fenêtre est ouverte sur le jardin.

Au milieu de la pièce, au plafond, la pomme de la douche.

Comme un animal lascif, Louise reste sous l'eau tiède, s'étire, jouit des gouttes qui s'arrêtent sur ses cils, s'assied par terre, s'allonge, se tourne et se retourne, accueillant cette eau comme une pluie bienfaisante.

À SUIVRE...

Josine 1934-2006

jeudi 17 janvier 2008

LOUISE

La chatte rentra.

Elle se coula, noire, silencieuse, entre les pieds de la chaise, ceux des convives bruyants. Elle s'arrêta, ondulante, pour flairer les miettes sous la table, distraite dans son trajet par la balance d'une écharpe de soie floue que d'un coup de patte rapide, elle fait glisser entre ses griffes et sur son ventre.

Guillaume sentit passer le frou-frou de l'écharpe sur sa cheville. Il se pencha et prêta alors sa main au jeu griffant de la chatte.

Louise voulut ramasser son écharpe bleue en soie et, avec la griffe de la chatte, rencontra la tiédeur caline des doigts de Guilaume.

Tout s'enchevêtra calmement, les griffes, le poil du ventre chaud et félin, les doigts joueurs, la soie, l'odeur aillée des cèpes, celle âcre du bois flambant dans la vieille et large cheminée, le brouhaha des uns et des autres...

Relevant la tête, Louise rencontra les yeux de Guillaume qui, en même temps, relâchait son jeu avec la chatte. Dans ce regard calme et souriant, s'installa de l'un à l'autre l'unicité et l'éternité de chaque âme.

Elle sentit alors son corps se relâcher, s'ouvrir. Comme s'étalant sur sa chaise. Son souffle, qui devenait un petit hâletement, la renseigna sur ce désir naissant de l'autre.

Il maintint aussi le long regard, le laissant vivre dans ce présent sans jamais y mettre d'intention.

Le là.

La chatte s'échappa vers la cheminée, attirée peut-être par la danse jaune et rouge du feu.

À SUIVRE...

Josine 1934-2006

jeudi 30 août 2007

COSETTE

LOUISE sert très fort COSETTE sur son visage.

Une émotion profonde. COSETTE est en chiffon, née pendant la guerre. Seul le visage est en porcelaine et a dû être violemment maquillé. Ou peut-être que ce sont les couleurs vives que LOUISE, la petite fille, a badigeonné sur sa poupée. Particulièrement les yeux, on voit qu'ils ont dû être bleus, par dessus, une peinture noire écaillée. LOUISE se souvient qu'elle a toujours préféré les yeux différents des siens, si clairs, si verts, parce qu'une copine lui a dit, un matin en allant à l'école: "on dirait que tu n'as pas d'yeux!". Alors COSETTE s'est retrouvée avec des yeux noirs et toujours LOUISE a cherché et aimé les yeux sombres.

Ses cheveux sont en paille, poupée de guerre et une frange maladroite a été coupée sur ce front de faïence. Le reste du corps est du chiffon empaillé, si souvent soigné, caressé, touché, manipulé, habillé, déshabillé qu'il en est tout sale, bien sûr!

50 ans après, COSETTE est toujours vêtue de cette robe de cotonnade grège parsemée de fleurs minuscules et multicolores avec un empiècement froncé en haut, les volants de l'épaule s'en échappant. Aussi ce chapeau de paille, léger à grands bords retombant sur ses yeux, décoré d'un ruban fleuri. Les chaussons très sales ont été roses.

Serrer ainsi COSETTE contre elle lui est un moment réconfortant. Cet objet si complice doit retenir en lui toutes les forces de la jeunesse, toutes les intentions d'amour de cette petite fille maternelle qu'a été LOUISE.

Josine 1934-2006

vendredi 20 juillet 2007

Sur mon épaule nue...

L'autre jour

Sur le bout de mon épaule nue

Il a soufflé

Furtivement...

Et je l'ai suivi


***

Les yeux fermés nous avons voyagé sur toute notre peau

Par de longs effleurements

Les frissons ont fait un chemin de p o i n t i l l é s...

Et je l'ai suivi

Jusqu'à ce cri grave et large

Dans lequel se sont mêlés les malheurs

Et le BONHEUR


***

Aujourd'hui

Sur le bout de mon épaule nue

Une mèche de mes cheveux défaits trace un frisson

En souvenir...

Josine 1934-2006

vendredi 29 juin 2007

AÏE

AÏE!

L'enfant sursaute! Une araignée vient de le piquer... Là sur le poignet. Ce devient une cloque rouge...

Il gratte, il gratte, il mouille de salive, il gratte encore. Une révolte monte en lui... Il veut partir... Il a peur...

Il court en tenant son poignet, trébuche à toutes les racines qui dépassent, toutes ces ronces qui entravent ses chevilles, il crie, il appelle... Il a froid, le nez glacé, les lèvres sèches et dures... Il court si vite!!

Il ne peut plus appeler, sa langue est gelée, il respire si fort... Mais qu'il a peur!

A la MAISON, tout est là.

Sa soeur, MAMAN, les chats, le feu dans le poêle , PAPA... Chaud... OUF! Tout est là... Tout le monde bavarde, miaule, crie, joue,entre et sort dans une odeur de mercure au chrome écoeurante que MAMAN a mis sur la cloque...

Pourtant l'enfant a bien envie de partir de nouveau dans la forêt, il ne trouve plus son sifflet. Un sifflet orange que Joël lui a offert hier pour ses 8 ans!!! Il repart chercher son sifflet...

Josine 1934-2006

dimanche 29 avril 2007

Histoire courte d'enfant

LE ROI DES COULEURS

Aujourd'hui je vais au palais royal. Là-bas il y a tout un tas de personnes et il y a le roi COULEUR notamment. C'est lui que je suis venue voir car il manque des couleurs chez moi.

"Bonjour Monsieur le Roi COULEUR, je viens car je ne sais pas quoi mettre comme couleur chez moi."

"Ma petite, je ne puis rien pour toi car je ne pense pas comme toi. Tu es la seule à pouvoir décider des couleurs à mettre dans ta vie. Au revoir et bonne journée!"

JADE

lundi 12 mars 2007

AILLEURS

Vents des terres et des océans,

Évadez-moi céans de ce néant,

Enivrez-moi de vos parfums divins

Jusqu'à plus soif, jusqu'à plus faim!


*****

Je n'en veux plus de rêver de ces ailleurs;

Que je m'envole sur l'heure vers ces senteurs!


*****

Épicées?

Me voici aux Indes reculées.

Fruitées?

C'est toute l'Afrique et ses marchés.

Du sable, quelques grains?

C'est le désert et sa misère qui tend la main.


*****

Arrêtez! Ne soufflez plus!

Je ne voulais que le Bonheur, rien de plus!

Alors il faudra que j'aille là-bas

Les mains pleines pour ne plus rêver de cela.

jeudi 8 février 2007

JANE

JANE est au fond de moi

mon indispensable liaison

ma dépendance

avec toutes les passions

les exclusivités

les espérances d'éternité

les colères

les douceurs

les baisers

JANE nourrit ma vie

me remplit

m'éclate

me fait rire

me raconte sa vie

me donne ses souffrances

D'une anecdote en fait un scénario

d'une mort en fait du dérisoire

d'un éternuement en fait une colère

Je ne sais laquelle sécrète l'autre

tout devient cordon ombilical

et je sais bien que TOUT et PARTOUTJANE

vient,

vit

passe

parle

regarde

TOUT et PARTOUT est et restera « la maison de mon enfance »

CAR JANE EST MAMAN

et tant qu'il y aura MAMAN

le monde entier sera « la maison de mon enfance »

JOSINE 1934- 8 février 2006

lundi 29 janvier 2007

Rêve d'enfant

Tout autour de moi, la forêt est peuplée de lapins, de coccinelles, de fougères, d'érables, de sapins, de mousse mouillée, de parfums âcres, colorés d'odeur de cèpes.

Dans mes paupières fermées, là au milieu de la forêt dont j'ai perdu le principal chemin, je "lis" les mille et une lumières qui s'y sont imprimées au moment où j'ai reçu dans les yeux les rayons blanchâtres qui ont l'air de forcer pour trouver une route à travers les cîmes des accacias.

Le soleil de saison semble prisonnier ici. Comme retenu par les plantes. Quelques fois, je compte les tâches claires qui dansent sur les fougères... un bien-être clame en moi...

C'est qu'ici, le temps ne passe pas, on dirait une harmonie, chaque élément de la forêt attend l'autre pour pousser, pour grandir, pour mêler les vols de moustiques ou de moucherons.

Il fait frais, mais je me sens tellement protégé. Je surveille ces deux colibris qui piaillent et s'envolent en jouant bec à bec, jusque dans le ciel bleu pâle qui frémit là-haut entre les feuilles...

L'enfant peu à peu s'endort, petit garçon heureux, inventif, libre...

Josine 1934-2006

samedi 27 janvier 2007

... suffit sa peine.

Soudain, le rayon solaire se pose sur un fil qu'il éclaire sur toute la longueur. C'est un fil d'araignée qui va du haut de l'horloge jusqu'au flanc où il s'arrête à la casserole de cuivre rouge.

Il est bien droit.

De haut en bas.

Bien blanc comme luisant.

Très fin. Et pourtant si fort.

Dans toute cette vie de petit matin, une araignée a posé là le fil de sa première toile. Ce fil si ténu devient extrêmement présent.

Le temps d'un rayon de soleil, une araignée a offert son travail. Sans doute cachée, continue-t-elle sa toile.

Le soleil aussi continue son trajet.

Maintenant le fil est invisible.

Qu'elle est bonne la première avalée de café.

Josine 1934-2006

jeudi 25 janvier 2007

A chaque jour...

Les volets sont ouverts depuis 7 heures.

Cette journée d'hiver propose un matin calme. La brume disparaît en s'étirant sur le bout de la colline d'en face. Tout est teinté de gris bleuté et céleste, un parfum sucré de l'air flotte jusqu'à la cuisine.

La machine à café roucoule les derniers bouillons de l'eau sur la poudre. L'odeur chaude du café se mélange au bouquet sec de lavande.

Instant neuf où la pensée se met en marche avec limpidité et apaisement.

Et puis là-haut, alanguie sur le plafond, une lichette de soleil caresse le haut de l'horloge.

Maintenant, sur l'arête éclairée du cadran, la poussière fait comme un souffle, comme un murmure lié à l'air qui se faufile par la fenêtre entr'ouverte, le rideau, en bougeant à peine, parfait ce murmure.

L'oeil se repose. Il suit les reliefs de l'horloge jusqu'au ventre. En chemin, il rencontre la rose séchée épinglée tête en bas, sur son flanc de bois, puis la petite casserole de cuivre rouge, elle aussi accrochée sur ce flanc poli et ciré.

Peu à peu, la luminosité s'ensoleille dans la pièce avec une tiédeur de croissants chauds et gourmands...

A SUIVRE...