Marly-Bioutifoul

Marly-Bioutifoul naquit à 3h13, 3h18, 3h23, 3h47 et finalement à 4h32, un jour de Pâques. Le jour de Pâques le plus brumeux de mémoire de monde. Et pourtant, la veille il faisait chaud. Très chaud. Trop chaud. Beaucoup trop. Détraqué.

Cette nuit-là, la froidure sibérienne qui sévissait au-dehors de la « ferme aux bisous », chatouillait les courbes et les creux qui l'entouraient à perte de vue. Le givre qui pendait en stalactites des arbres en pleine floraison, incitait à ne pas mettre un orteil extra-muros (qu'il se fut agit d'orteil d'homme ou de femme), au risque de devoir l'amputer.

Euphroisine, PDG-associée de la « ferme aux bisous », le ventre en pain de sucre, les cheveux courts hérissés, bâilla, s'étira. Fit un petit tour à tâtons toutes lumières éteintes depuis le lit à baldaquin jusqu'au pipi-room au fin fond d'un long couloir aux murs épais. Sur le chemin du retour, se cogna le riquiqui du pied droit dans un fauteuil voltaire en épis. Ouilleouilleouille ! Puis se recoucha dans la grande chambre pastorale vert-amande et s'enroula d'un tour supplémentaire dans la couverture de laine bleu-lavande, entraînant Blandin, associé-PDG de la même ferme, dans la même ronde d'édredon. Euphroisine et Blandin dormaient à l'unisson. Travaillaient à l'unisson. Mangeaient à l'unisson. Vomissaient à l'unisson, à cause des nausées matinales d'Euphroisine. Roucoulaient à l'unisson. Plaisantaient à l'unisson. Pouffaient à l'unisson. Confabulaient à l'unisson. Chantaient à l'unisson. Leur vie était un concert à l'unisson du matin au soir et du soir au matin. Une vie idyllique bientôt intronisée par l'arrivée d'un bébé pour les PDG-associés de la « ferme aux bisous ».

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La tombe de Désiré-Paul Martin

...Il faisait grand soleil. Dans la rue descendante longeant le mur Est de l'église, le corbillard de bois noir à baldaquin brodé d'or cahotait de trou en bosse et de bosse en trou au pas des croque-morts qui le convoyaient. Sur fond de cloches sonnant le glas et de mouchages tonitruants, il allait entrer dans l'église. Mais le premier des quatre chaperons noirs qui l'escortaient trébucha et tomba. Se précipitèrent immédiatement les trois autres pour le relever, délaissant pour l'occasion les poignées dorées du fourgon. Libéré, ce dernier commença, sur la pointe des roues, à dévaler la déclivité de la rue. Pas à pas. Pendant que le quatrième homme tapait son costume de flanelle noire pour y remettre bon ordre, le corbillard accéléra un peu. Pas de quoi s'affoler, certes, mais tout de même. Comme personne ne s'en apercevait toujours pas, il s'emballa.

-Mon Dieu! hurla le curé, soudain attentif à ce qui se tramait sur sa gauche, -le défunt se fait la belle!

À ces mots tous les suiveurs levèrent la tête, bouche bée, pétrifiés. Le curé, voyant son éloge, sa cérémonie et son obole s'envoler comme une plume dans le vent, releva sa soutane jusqu'au nombril et tricota de toutes ses jambes courtes à la poursuite du fourgon en cavale. Les proches hurlaient: -arrêtez-le! sans pour autant bouger d'un orteil, englués dans la surprise de la péripétie. -Arrêtez-le! Le mort n'en avait cure, poursuivant son escapade à tombeau ouvert. Pour Marly-Bioutifoul, témoin de cette odyssée, cela devenait presque drôle. La dernière fugue du défunt. Une manière burlesque bien à lui d'immortaliser ses funérailles. Cela aurait pu durer indéfiniment...

Mais, comme toute aventure a son épilogue, la course s'acheva dès lors que la route remonta. Suspendu dans son élan, le corbillard s'immobilisa un instant...

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