D'aussi loin qu'elle regarde debout sur son fil d'acier tendu entre deux poteaux de guingois, Pernelle ne voit que la toile rayée rose et verte du chapiteau à l'air bancal. En équilibre sur le filin rigide, entre un aller et un retour, une ombrelle dans la main gauche, elle tente de percer le mystère de la vie loin du cirque.

Elle sait qu'il y a la mer, pas loin. Elle l'entend. Mais elle ne l'a jamais vue autrement qu'au travers du hublot de sa roulotte, en allant d'une ville à l'autre. Monter et démonter le chapiteau à l'air bancal, répéter son numéro sont des tâches qui ne laissent place à rien d'autre.

Tout au fond de son cœur, elle espère qu'un jour ce monde de rêve lui dévoilera tout de lui parce qu'elle sortira enfin du chapiteau à l'air bancal.