La Comtesse de Bragada et son grimoire

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jeudi 22 mars 2012

L'homme au beau coeur

Un jour, dans un village, un jeune homme dans la foule se tenait au milieu d’eux et affirmait avoir le plus beau cœur de toute la vallée.

La multitude s’était approchée du jeune homme et tous étaient d’accord sur ce point : son cœur était parfait ! Aucune égratignure ou plaie sur son cœur et tous étaient unanimes qu’il s’agissait là du plus beau cœur qu’ils n’avaient jamais vus. Le jeune homme était très fier et se vantait encore plus de son beau cœur parfait.

Un beau jour, un vieil homme sorti de la foule et dit :

« Pourquoi ton cœur n’est-il pas aussi beau que le mien ? »

La foule et le jeune homme observaient alors le cœur du vieillard. Il battait puissamment mais était plein de cicatrices et il y avait des morceaux en moins ça et là. Certains morceaux étaient greffés aux endroits où il en manquait. Ils étaient irréguliers et mal ajustés. Les coins étaient déchirés. Il y avait même des endroits où il manquait des morceaux. Les gens regardèrent avec étonnement :

« Comment pouvez-vous dire que votre cœur est le plus beau de tous ? »

Le jeune homme regarda le cœur du vieil homme et vit dans quel état il était et se mit à rire : « Vous plaisantez ? » dit-il.

« Comparez votre cœur au mien. Le mien est parfait et le vôtre est une ruine pleine de cicatrices et de déchirures ! »

« Oui » répondit le vieil homme, « ton cœur est en effet très beau, mais je ne voudrais pas l’échanger avec le vôtre. Regardez, chaque cicatrice représente une personne à qui j’ai donné mon amour. Je déchire alors un morceau de mon cœur et le lui donne et souvent ils me donnent un morceau de leur cœur en retour pour le mettre à la place du mien. Mais les morceaux ne sont pas exactement les mêmes. Les coins sont déchirés, je suis d’accord avec vous, mais cela me rappelle que nous avons partagé de l’amour l’un à l’autre.

Parfois je donne un morceau de mon cœur à quelqu’un d’autre, mais il ne me donne rien en retour. Ce sont les trous que vous voyez là. Donner son amour comporte des risques. C’est pourquoi ces trous me font du mal. Ils restent ouverts. Cela me rappelle que j’ai de l’amour pour ces gens et j’espère alors qu’un jour ils reviendront pour me remplir mon cœur.

« Voilà », continua-t-il, « voyez-vous maintenant ce qu’est la vraie beauté? »

Le jeune homme ne sût que dire et des larmes coulaient le long de ses joues.

Il s’approcha du vieil homme, prit son cœur dans sa main et en déchira un morceau. Il l’offrit au vieillard avec des mains tremblantes. Le vieil homme accepta ce sacrifice et le déposa sur son propre cœur. Il en prit un morceau à son tour pour combler la plaie dans le cœur du jeune homme. Il ne passait pas exactement dans la plaie, il y avait quelques déchirures, mais le jeune homme regarda son cœur qui n’était plus parfait, mais il était beau, beaucoup plus beau qu’auparavant parce que l’amour du vieil homme circulait dans son propre cœur.

Ils se prirent dans les bras et s’en allèrent ensemble.

Par : Francis Joseph Arredondo

lundi 19 mars 2012

Extraits de "Presqu'un huis clos à Mânes-lieu"

Marly-Bioutifoul

Marly-Bioutifoul naquit à 3h13, 3h18, 3h23, 3h47 et finalement à 4h32, un jour de Pâques. Le jour de Pâques le plus brumeux de mémoire de monde. Et pourtant, la veille il faisait chaud. Très chaud. Trop chaud. Beaucoup trop. Détraqué.

Cette nuit-là, la froidure sibérienne qui sévissait au-dehors de la « ferme aux bisous », chatouillait les courbes et les creux qui l'entouraient à perte de vue. Le givre qui pendait en stalactites des arbres en pleine floraison, incitait à ne pas mettre un orteil extra-muros (qu'il se fut agit d'orteil d'homme ou de femme), au risque de devoir l'amputer.

Euphroisine, PDG-associée de la « ferme aux bisous », le ventre en pain de sucre, les cheveux courts hérissés, bâilla, s'étira. Fit un petit tour à tâtons toutes lumières éteintes depuis le lit à baldaquin jusqu'au pipi-room au fin fond d'un long couloir aux murs épais. Sur le chemin du retour, se cogna le riquiqui du pied droit dans un fauteuil voltaire en épis. Ouilleouilleouille ! Puis se recoucha dans la grande chambre pastorale vert-amande et s'enroula d'un tour supplémentaire dans la couverture de laine bleu-lavande, entraînant Blandin, associé-PDG de la même ferme, dans la même ronde d'édredon. Euphroisine et Blandin dormaient à l'unisson. Travaillaient à l'unisson. Mangeaient à l'unisson. Vomissaient à l'unisson, à cause des nausées matinales d'Euphroisine. Roucoulaient à l'unisson. Plaisantaient à l'unisson. Pouffaient à l'unisson. Confabulaient à l'unisson. Chantaient à l'unisson. Leur vie était un concert à l'unisson du matin au soir et du soir au matin. Une vie idyllique bientôt intronisée par l'arrivée d'un bébé pour les PDG-associés de la « ferme aux bisous ».

Possibilité d'acheter cet e-book: 5 €

Pour commander: bragada@orange.fr (afin de connaître l'adresse où envoyer le chèque.)

La tombe de Désiré-Paul Martin

...Il faisait grand soleil. Dans la rue descendante longeant le mur Est de l'église, le corbillard de bois noir à baldaquin brodé d'or cahotait de trou en bosse et de bosse en trou au pas des croque-morts qui le convoyaient. Sur fond de cloches sonnant le glas et de mouchages tonitruants, il allait entrer dans l'église. Mais le premier des quatre chaperons noirs qui l'escortaient trébucha et tomba. Se précipitèrent immédiatement les trois autres pour le relever, délaissant pour l'occasion les poignées dorées du fourgon. Libéré, ce dernier commença, sur la pointe des roues, à dévaler la déclivité de la rue. Pas à pas. Pendant que le quatrième homme tapait son costume de flanelle noire pour y remettre bon ordre, le corbillard accéléra un peu. Pas de quoi s'affoler, certes, mais tout de même. Comme personne ne s'en apercevait toujours pas, il s'emballa.

-Mon Dieu! hurla le curé, soudain attentif à ce qui se tramait sur sa gauche, -le défunt se fait la belle!

À ces mots tous les suiveurs levèrent la tête, bouche bée, pétrifiés. Le curé, voyant son éloge, sa cérémonie et son obole s'envoler comme une plume dans le vent, releva sa soutane jusqu'au nombril et tricota de toutes ses jambes courtes à la poursuite du fourgon en cavale. Les proches hurlaient: -arrêtez-le! sans pour autant bouger d'un orteil, englués dans la surprise de la péripétie. -Arrêtez-le! Le mort n'en avait cure, poursuivant son escapade à tombeau ouvert. Pour Marly-Bioutifoul, témoin de cette odyssée, cela devenait presque drôle. La dernière fugue du défunt. Une manière burlesque bien à lui d'immortaliser ses funérailles. Cela aurait pu durer indéfiniment...

Mais, comme toute aventure a son épilogue, la course s'acheva dès lors que la route remonta. Suspendu dans son élan, le corbillard s'immobilisa un instant...

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Décrocher la lune

Au début, avec mon chat tranquillement lové sur mes genoux, je rêvais de décrocher la lune.

Je voulais tout savoir, tout avoir vu, tout avoir lu, tout avoir dit et même redit .

Tout posséder, tout juger, tout expérimenter.

Tout ressentir, tout éprouver, tout pratiquer.


*****

Je voulais même connaître le néant, le rien, l'absurde.

La frivolité, l'illusion, la fragilité.

Le sérieux, le détaillé, le consciencieux.

L'insouciant, le superficiel, les fanfreluches.


*****

Le fantastique aussi et le banal très quelconque.

Le ridicule et le bizarre si burlesque...


*****

Mais un jour mon chat a déserté. Et j'ai connu le vide, l'absence, l'abandon.

Je suis partie à sa recherche et je l'ai aperçu lascivement endormi sur un croissant de lune.

Alors j'ai assemblé des tiges de bois pour me faire une échelle.

Je les ai accrochées, accrochées, accrochées.

Et j'ai commencé à monter, encore et encore.


*****

Qu'importe de décrocher la lune, pourvu que je rattrape mon chat!

mardi 13 mars 2012

La Balançoire

Tu te souviens?

J'avais 5 ans et toi 6.

Nous venions souvent nous balancer.

Tu regardais sous ma robe qui se soulevait avec le vent et moi je riais à cause des frissons que me déclenchait la balançoire. Mes pieds n'atteignaient pas le sol et tu devais me hisser sur la planche de bois râpée. Souvent ça loupait car tu étais à peine plus grand que moi et nous finissions le menton dans le sable qui sentait le pipi... quand ce n'était pas la balançoire dans le front. Alors nous repartions chacun vers notre maman qui nous appliquait un pansement sur le menton ou une crème bien épaisse sur la bosse.

Tu te souviens, la première fois où nous nous sommes embrassés sur les lèvres, les mains croisées dans le dos, pour savoir comment ça faisait. Nous venions de finir notre goûter et nous en avions encore plein la bouche. Un baiser bien baveux. Beurré de miettes de pain et de lait cru. Il avait du goût... Le goût du revenez-y. Ce que nous avons fait d'ailleurs. Mais après un autre goûter au fromage celui-ci, pour voir s'il avait la même saveur délicieuse...

Tu te souviens aussi, du jour où tu es arrivé avec un œil rougi. Tu t'étais battu avec celui qui avait volé ma gomme. Tu étais mon héros. Je t'avais mis un cataplasme de quelques feuilles moissonnées dans un fossé. Aïe, je m'étais piquée en les cueillant: j'avais ramassé des orties!

Puis tu as déménagé.

L'absence a remplacé nos goûters. Le désert nos baisers baveux...

Mais est-ce toi que j'entends qui revient? Un bouquet d'orties, aïe, à la main? Tu te souviens donc! Tu sais, j'ai grandi, je peux monter toute seule sur la balançoire. Ma jupe se soulève avec le vent et... tu regardes dessous? Alors c'est comme avant... mais en plus grand?

Oh!?...

jeudi 1 mars 2012

Coup de vent (extrait des Mirifiques histoires du monde de Bragada)

D'aussi loin qu'elle regarde debout sur son fil d'acier tendu entre deux poteaux de guingois, Pernelle ne voit que la toile rayée rose et verte du chapiteau à l'air bancal. En équilibre sur le filin rigide, entre un aller et un retour, une ombrelle dans la main gauche, elle tente de percer le mystère de la vie loin du cirque.

Elle sait qu'il y a la mer, pas loin. Elle l'entend. Mais elle ne l'a jamais vue autrement qu'au travers du hublot de sa roulotte, en allant d'une ville à l'autre. Monter et démonter le chapiteau à l'air bancal, répéter son numéro sont des tâches qui ne laissent place à rien d'autre.

Tout au fond de son cœur, elle espère qu'un jour ce monde de rêve lui dévoilera tout de lui parce qu'elle sortira enfin du chapiteau à l'air bancal.

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