Moi qui croyais que cette notion de "sans punition ni récompense" était récente, en fait, j'ai découvert qu'au XIXe siècle, le philosophe Jean-Marie Guyau avait écrit le livre: esquisse d'une morale sans obligation ni sanction. Cela dit, Rabelais au XVIe siècle parlait déjà de l'abbaye de Thélème:

"Toute leur vie estoit employée non par loix, statuz ou reigles : mais selon leur vouloir, et franc arbitre.

Se levoient du lict, quand bon leur sembloit : beuvoient, mangeoient, travailloient, dormoient, quand le desir leur venoit. Nul ne les esveilloit, nul ne les parforçoit ny à boyre, ny à manger, ny à faire chose aultre quelconques. Ainsi l’avoit estably Gargantua.

En leur reigle n’estoit que ceste clause : FAY CE QUE VOULDRAS!

Par ce, que gens liberes, bien nayz, bien instruictz, conversants en compaignies honnestes ont par nature ung instinct, et aguillon, qui tousjours les poulse à faictz vertueux, et retire de vice : lequel ilz nommoient honneur.

Iceulx, quand par vile subjection, et contraincte sont deprimés, et asserviz, detournent la noble affection, par laquelle à vertu franchement tendoient, à déposer, et enfraindre ce joug de servitude.

Car nous entreprenons tousjours choses défendues : et convoitons ce, qui nous est denié.

Par ceste liberté entrarent en louable emulation de faire tout ce, qu'a ung seul voyoient plaire.

Si quelq’ung, ou quelcune disoit beuvons, tous buvoient. Si disoit, jouons, touts jouoient.

Si disoit, allons à l’esbat es champs, touts y alloient.

S'il c’estoit pour voller, ou chasser, les Dames montées sus belles hacquenées avecq' leurs palefroy gorrier, sus le poing mignonnement engantelé portoient chascune ou ung esparvier, ou ung laneret, ou ung esmerillon : les hommes portoient les aultres oyseaulx."

GARGANTUA, Chap. LVII, 1534

Tout un programme.