La Comtesse de Bragada et son grimoire

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mardi 30 janvier 2007

Exercice d'écriture

A partir de phrases non terminées.

Il était une fois pendant un hiver qui n'en finissait pas de s'achever

Un petit enfant, moi, avec des vêtements gris et une étoile jaune sur une manche,

Amoureux sans le savoir de la paix

J'avais la peur au ventre, des larmes dans les yeux et une révolte qui étranglait ma gorge,

Et j'étais assis pelotonné sous un escalier en attendant que la fin de l'alerte résonne

Il y avait des hommes qui couraient dans les rues, armes au poing

Il y avait des femmes qui priaient en égrénant des chapelets, tête baissée

Ils ont dit qu'ils allaient débarquer un jour, quand?

Je me souviens de ma mère venant s'accroupir à mes côtés et me chanter une chanson douce

Comme dans un rêve elle me caressait la tête, enfilant ses doigts dans mes boucles emmêlées

Ses lèvres formaient les mots je suis là, tout est bientôt fini.

Le vert et le rouge 4

"Non, bien sûr que non, nous avons tous notre place dans l'univers. Il apporte des jouets et fait le bonheur de bon nombre d'enfants."

"Alors pourquoi ce n'est pas le vrai?"insiste Vanilla.

"Je n'ai pas dit que ce n'était pas le vrai. Comme tu l'as dit tout à l'heure, je distribue des choses ordinaires parce que le bonheur est simple. Le fait de pouvoir partager une orange, un gâteau fait avec amour ou donner un peu de son temps devrait suffire à remplir nos coeurs. Mais la multiplication des tentations dans les vitrines a changé tout cela. Actuellement, énormément de personnes se contentent difficilement de l'essentiel, elles en veulent plus, toujours plus. C'est ainsi qu'est né le Père-Noël rouge, pour répondre à ces nouveaux besoins." achève le bonhomme vert.

"Bon, admettons que le Père-Noël existe. Alors, pourquoi y-a-t-il des enfants qui n'ont rien?"

''"Parce que ces nouveaux besoins ne sont pas accessibles à tout le monde."'

"Pourquoi?" poursuit Vanilla.

"Parce qu'ils sont chers".

"Mais toi, tu peux leur apporter des biscuits, des oranges?" continue Vanilla.

"Alors maintenant, tu ne les trouves plus aussi nuls que tout à l'heure mes cadeaux! Tu penses qu'ils valent mieux que rien?" raille le bonhomme vert.

"Oui!" avoue timidement la fillette, "Des souvenirs me reviennent de l'époque où je vivais à l'orphelinat de Thika. Un Noël, j'ai reçu un très joli carré de tissu bigarré, grand comme un caftan. Il est devenu tour à tour poupée de chiffon-amie-confidente, déguisement habillant mon univers incolore, doudou pour calmer mes terreurs nocturnes, mouchoirs asséchant mes pleurs, capuchon à la saison des pluies et tellement d'autres de mes rêves encore que je ne m'en suis jamais séparée. Aujourd'hui encore, il dort sous mon oreiller et apaise mes nuits."

"Après cela, comment peux-tu continuer à douter de mon existence?" demande le bonhomme vert.

"Parce qu'il y en a qui n'ont jamais rien quand même!" insiste Vanilla.

A SUIVRE...

lundi 29 janvier 2007

Rêve d'enfant

Tout autour de moi, la forêt est peuplée de lapins, de coccinelles, de fougères, d'érables, de sapins, de mousse mouillée, de parfums âcres, colorés d'odeur de cèpes.

Dans mes paupières fermées, là au milieu de la forêt dont j'ai perdu le principal chemin, je "lis" les mille et une lumières qui s'y sont imprimées au moment où j'ai reçu dans les yeux les rayons blanchâtres qui ont l'air de forcer pour trouver une route à travers les cîmes des accacias.

Le soleil de saison semble prisonnier ici. Comme retenu par les plantes. Quelques fois, je compte les tâches claires qui dansent sur les fougères... un bien-être clame en moi...

C'est qu'ici, le temps ne passe pas, on dirait une harmonie, chaque élément de la forêt attend l'autre pour pousser, pour grandir, pour mêler les vols de moustiques ou de moucherons.

Il fait frais, mais je me sens tellement protégé. Je surveille ces deux colibris qui piaillent et s'envolent en jouant bec à bec, jusque dans le ciel bleu pâle qui frémit là-haut entre les feuilles...

L'enfant peu à peu s'endort, petit garçon heureux, inventif, libre...

Josine 1934-2006

L'ENTONNOIR à DEVIATION.

Comment faire un ENTONNOIR à DEVIATION?

Prenez tout d'abord une super copine (que vous avez rencontrée avec bonheur quand vous viviez au Kenya), Hélène par exemple, et laissez-la divaguer sur le sujet. A partir de papier couleur du temps choisi avec méthode et goût puis roulé en forme de cône et d'un tube qui ressemble à un grand HUIT histoire que le saut dans l'inconnu soit plus rigolo, Hélène vous façonne un entonnoir à déviation qui vous fera atterrir, suivant que vous aurez le vent dans le dos ou le vent de face, sous de bons ou de mauvais auspices. Vous avez tout à loisir de recommencer l'opération si la direction vous déplaît afin de parvenir à la meilleure orientation possible sans déranger qui que ce soit et quoi que ce soit.

Lettre d'amour d'elle à lui.

Mon coeur a chaviré,

Mon Amour,

Lorsque ta main s'est posée sur la tête du chien

Lui si grand, toi si petit.


*****

Mon coeur a chaviré,

Mon Amour,

QUand tu t'es assis à ses côtés

Pour apprivoiser ce toutou tout doux.


*****

Et là...inopinément...tout a bousculé:

Le molosse dans son élan t'as mis à terre,

Le nez dans l'herbe,

Et toi, accroché de tous tes doigts à la laisse

T'es laissé traîner à travers le cosmos.


*****

A ce moment là,

J'ai su

Mon Amour

Que nous étions nés pour voyager ensemble.


*****

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Lettre d'amour de lui à elle.

Ils sont arrivés, envahissants

Par cinquante, cent, deux cents, trois cents,

Rouges, verts, jaunes, acidulés, le ventre blanc,

Elastiques, collants, caoutchouteux,

Acides et tellement chimiques,

En ribambelle sinueuse, tortueuse,

Comme un troupeau de fourmis, plus colorées.


*****

Tous ces crocodiles

Qui ne viennent pas des bords du Nil,

Se sont engouffrés dans ta bouche gourmande

Pour disparaître tout au fond de ton ventre.

Je les ai enviés un moment, puis...

En dépit de toute la suavité qu'ils dégagent,

Ils ne pourront jamais te dire comme moi:

Je t'aime.


*****

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samedi 27 janvier 2007

Exercice d'écriture

A partir de phrases non terminées.

Il était une fois... trois petits choux rebondis gavés de chantilly qui attendaient d'être arrosés de sauce au chocolat.

Un petit enfant, moi... les yeux plus gros que le ventre, qui les dévorais du regard.

Amoureux... des gâteaux de ma manan et de la vie

J'avais... la gourmandise à fleur de lèvres et la curiosité sur mon minois

Et j'étais assis... le menton sur le bord de la table de la cuisine, contrôlant chaque geste des cuisinières pour ne pas en perdre une miette.

Il y avait des hommes... au regard vagabond le long des courbes des femmes, qui n'avaient rien à faire là, dans la cuisine et qui attisaient ma jalousie.

Il y avait des femmes... les mains pleines de pâte à choux qui m'énervaient à rire de leurs blagues idiotes.

Ils ont dit qu'elles... préparaient les gâteaux pour eux et pas pour moi!

Je me souviens de ma mère venant... me rassurer, de quoi d'ailleurs? A moi tout seul je les valais bien tous!

Comme dans un rêve... elle me tendit une assiette remplie de choux rebondis, débordant de chantilly et couverts de sauce au chocolat

Ses lèvres formaient les mots... régale-toi mon Amour!

Préambule à la fête

Faisons la fête:

Préparons costumes et spectacles pour qu'ambiance il y ait?

Inoubliable sera le cadeau jusqu'à la fin des temps!

Il était une fois une princesse qui rêvait de devenir reine à la place de la reine, sa mère. Elle détestait les cours de maintien, de chant , de dessin et les précepteurs qui lui enseignaient l'étiquette pour faire d'elle une princesse digne de ce nom.

Elle passait donc ses journées à râler, s'insurger, manifester, défiler avec les princes et princesses des royaumes voisins qui la soutenaient.

« Mère, je veux être reine aujourd'hui. J'ai horreur d'apprendre à devenir princesse d'autant que j'ai déjà toutes les capacités pour vous remplacer car je sais très bien ne rien faire. »

« Très bien ma fille, viens au prochain conseil. Nous devons débattre de la répartition des tâches pour organiser le bal des débutantes, celui où les princesses de 18 ans se présentent au monde. »

Le jour dit, les membres des différents ministères s'assirent avec la reine et la princesse autour d'une grande table ovale. Une discussion s'engagea. Le ton monta vite lorsque le régisseur des festivités accusa le responsable des finances de saboter son travail. Ce dernier décréta que le budget exigé dépassait de beaucoup le raisonnable pour de pareilles frivolités. Des clans se constituèrent et bientôt ce fut une énorme pagaille dans la salle d'audience. Les 17 ans et demi de la princesse prirent parti pour le régisseur des festivités. Adieu entendement, sagesse et discernement.

La reine resta en dehors du conflit et reporta la réunion au lendemain en demandant à chacun de penser à une solution plutôt qu'à l'énumération des problèmes.

« Pourquoi mère ? Il fallait faire plier les gens à votre volonté! C'est leur fonction de vous obéir.»

«Si j'imposais injustement mon avis, ce serait la révolution et le but réel serait perdu de vue. Chacun voudrait faire triompher son opinion. De mettre les gens en accord est un énorme travail.»

«Oh, je crois que je comprends.

J'imaginais qu'il fallait simplement ordonner pour commander.

Je vais peut-être attendre finalement avant de prendre votre place. »

... suffit sa peine.

Soudain, le rayon solaire se pose sur un fil qu'il éclaire sur toute la longueur. C'est un fil d'araignée qui va du haut de l'horloge jusqu'au flanc où il s'arrête à la casserole de cuivre rouge.

Il est bien droit.

De haut en bas.

Bien blanc comme luisant.

Très fin. Et pourtant si fort.

Dans toute cette vie de petit matin, une araignée a posé là le fil de sa première toile. Ce fil si ténu devient extrêmement présent.

Le temps d'un rayon de soleil, une araignée a offert son travail. Sans doute cachée, continue-t-elle sa toile.

Le soleil aussi continue son trajet.

Maintenant le fil est invisible.

Qu'elle est bonne la première avalée de café.

Josine 1934-2006

jeudi 25 janvier 2007

A chaque jour...

Les volets sont ouverts depuis 7 heures.

Cette journée d'hiver propose un matin calme. La brume disparaît en s'étirant sur le bout de la colline d'en face. Tout est teinté de gris bleuté et céleste, un parfum sucré de l'air flotte jusqu'à la cuisine.

La machine à café roucoule les derniers bouillons de l'eau sur la poudre. L'odeur chaude du café se mélange au bouquet sec de lavande.

Instant neuf où la pensée se met en marche avec limpidité et apaisement.

Et puis là-haut, alanguie sur le plafond, une lichette de soleil caresse le haut de l'horloge.

Maintenant, sur l'arête éclairée du cadran, la poussière fait comme un souffle, comme un murmure lié à l'air qui se faufile par la fenêtre entr'ouverte, le rideau, en bougeant à peine, parfait ce murmure.

L'oeil se repose. Il suit les reliefs de l'horloge jusqu'au ventre. En chemin, il rencontre la rose séchée épinglée tête en bas, sur son flanc de bois, puis la petite casserole de cuivre rouge, elle aussi accrochée sur ce flanc poli et ciré.

Peu à peu, la luminosité s'ensoleille dans la pièce avec une tiédeur de croissants chauds et gourmands...

A SUIVRE...

mercredi 24 janvier 2007

Le fil à couper le temps.

Pour réaliser un fil à couper le temps:

Prenez une pensée bien affinée et faites-en une chaînette "virevoltante" à l'aide d'un crochet à deux manches. Ensuite, passez la chaînette ainsi obtenue dans le chas d'une aiguille à broder et cousez chacune de ses extrémités de part et d'autre d'un horizon à la hauteur DU moment désagréable à contourner. Vous obtenez ainsi un croche-pied plus-que-parfait ou plus communément un fil à couper le temps, qui immobilise l'instant, vous permettant alors d'attraper l'entonnoir à déviation...

Prochainement: la réalisation d'un entonnoir à déviation.

mardi 23 janvier 2007

NEIGE ET MUSIQUE.

Et bé, tous ces flocons blancs soufflés par le vent, sur fond de soldat rose, c'est un monde autrement, une dégustation de bonbons acidulés. Les gouttelettes collées par les gifles du blizzard le long des vitres dessinent des ruisseaux depuis le haut et des flaques en bas. Allez, je remets le CD encore une fois, il est tellement bon! Cette journée d'hiver à travailler au coin du feu me fait fondre, je tends l'oreille au cas où quelqu'un frapperait pour s'abriter.

Le vert et le rouge 1

Assise face à la cheminée, toute pelotonnée dans sa chemise de nuit rose, des nouettes dans ses cheveux crépus, son chat Trésor sur les genoux, Vanilla attend. Elle ne croit plus au Père-Noël depuis qu'elle a aperçu ses parents adoptifs déposer les cadeaux au pied du sapin, l'année précédente. Elle s'était cachée derrière un gros fauteuil rouge et les avait vu, dans le plus grand silence, éparpiller autour de l'arbre enguirlandé, ses rêves empaquetés. Déconcertée par l'étonnement, elle était restée muette sans pouvoir bouger. Cette fois-ci, bien décidée à les surprendre, elle guette leur venue.

La tête dodelinant de sommeil, bercée par les ronrons de Trésor, elle ferme les yeux, jusqu'au moment où un grognement dans la cheminée la réveille.

Un homme tout en vert déboule tel un pantin désarticulé, jusqu'au milieu du salon, affolant Trésor qui, toutes griffes sorties, détale en dérapages incontrôlés sur le plancher.

Qui tu es toi? demande Vanilla, sursautant.

Le Père-Noël, qui veux-tu que je sois! grommelle le bonhomme, se frottant la tête et le bas du dos.

Cela ne se peut pas, je sais bien qu'il n'existe pas et si le Père-Noël existait, il serait rouge comme le veut la coutume, pas vert! Et puis tu es trop maigre!

Oui? Et bien, permets-moi de te dire que tu te trompes. D'abord, le Père-Noël existe puisque c'est moi. Ensuite celui qui se promène en rouge est un émule et maintenant, comme c'est lui qui a droit au verre de lait et aux petits gâteaux le soir de Noël, j'ai perdu du ventre. répond-il simplement en frappant son vêtement vert et trop ample d'un revers de main pour en ôter la suie.

A SUIVRE...

TORNADE A TARNOS 3

CHAMALLOW (le chat errant de la « ferme aux étoiles » )

« Ce qu'oublie de préciser Alfred Pluchon à notre commissaire, c'est que depuis cette sombre histoire, il a fait une très grave et longue dépression durant laquelle il a tenté par trois fois d'assassiner ses infirmières dans le dos, à hauteur du cœur, avec une pipe. Comme quoi, personne n'est parfait ! »

GUSTAVE CHANTOISEAU

« Je ne suis pas plus avancé. Non franchement, il n'y a rien à tirer de ce bonhomme là, plein de tics, de contractions nerveuses et le mégot jauni de bave aux coins des lèvres. Allons voir ses collègues de travail. »

CLAUDE

Une jeune femme, la trentaine, belle plante, soignée, blonde, les cheveux aux épaules, assise ou plutôt effondrée dans un fauteuil, le mouchoir à la main, la larme à l'œil, se laissant réconforter par un collègue à la mine déconfite.

« Pas Madame, Mademoiselle, je ne suis pas mariée.

Odile et moi nous sommes rencontrées voici quatre ans, alors que nous visitions chacune dans un groupe de travail, l'observatoire astronomique de Mauna Kea à Hawaii. Très vite nous avons sympathisé et comme, à l'époque, je n'avais pas encore de poste définitif, elle m'a obtenu une place ici, à Tarnos. Je m'entendais très bien avec elle. Nous faisions beaucoup de sorties ensemble, au cinéma, au restaurant... J'aimais sa compagnie;

Elle avait le chic pour trouver le détail qui mettait les gens en valeur, pour s'habiller, par exemple, sans faute de goût. Elle parachevait ses toilettes par une note de parfum, sans trop, qui cependant, planait encore longtemps après elle. Elle était merveilleuse.

Elle ne rechignait jamais à faire les nuits seules comme celle du 9 au 10 janvier où j'ai veillé Maman, malade; ma mère craignait de ne pas se réveiller si je quittais son chevet. Il en est ainsi depuis la disparition accidentelle de mon Père, il y a 18 ans.

Mon Dieu, si seulement j'avais été auprès d'Odile la nuit du meurtre, rien ne serait arrivé. »

A SUIVRE...

dimanche 21 janvier 2007

Une rencontre, ma foi, bien parfaite!

CONNAISSEZ-VOUS LES «J'TEURS D'SORTS »?

Ces êtres mystérieux qui vivent au beau milieu de la Sologne et qui regardent les fées du cru jeter des pierres dans les rivières pour traverser à pieds secs?

Ceux qui mettent les couleurs aux arbres, aux maisons, aux cieux?

Ou qui déclinent les lignes en traits fins, épais, ronds, droits, ondulants? Et bien, sûrement que Stuki San en est issue parce qu'elle fait tout cela!

CONNAISSEZ-VOUS LA COMTESSE DE BRAGADA?

Celle-là même qui transcrit l'univers en mots?

Réalise les utopies désertées?

Teinte les vies inanimées?

Nuance les rêves trop ternes?

Donne la parole au fabuleux?

Oui?... Non!

Un jour de soleil frileux, alors que les oiseaux toquaient aux carreaux des douillettes bonbonnières pour réveiller les endormis de l'hiver, l'enchanteresse des courbes, des pleins et des déliés frappât à la porte de l'alchimiste. STUKI SAN ET LA COMTESSE DE BRAGADA VENAIENT DE SE RENCONTRER.

Retrouvez Stuki San l'illustratrice dans la Charibaude du dragon (en lien).

vendredi 19 janvier 2007

Fidélien butine sur le net 2

JOURNAL INTIME DE FIDELINE : 20 ANS

J’aime beaucoup ma nouvelle coiffure. J’ai vu cela dans un journal de mode. Tout le monde change de tête pour conjurer le cauchemar de la guerre. Comme je n’ai pas d’argent, je me suis fait moi-même une coupe courte avec frange, pas trop mal, et j’ai badigeonné mes cheveux avec du sucre détrempé pour changer la couleur; j’ai laissé sécher des heures au soleil. Cela les a caramélisés !

Fidéline, appelle Maman, Tu as une lettre.

J’arrive.

Qu’as-tu fait à tes cheveux ?

Je voulais ressembler à la photo du magasine. C’est joli qu'en penses-tu? ?

Mais avec quoi les as-tu teint ?

Du sucre.

Tu exagères Fidéline, le sucre est encore rare ; nous sortons de la guerre.

C’est pour cela Maman, que j’ai voulu changer. Je ne veux plus penser à l’horreur. J’ai eu trop peur. La vie, c’est du rire, du mouvement, du changement. D’ailleurs, j’ai envie d’apprendre les rythmes rapides des nouvelles danses : le fox-trot, le charleston. Je veux m’acheter une jupe courte qui tournoie et écouter du matin au soir et du soir au matin les jazz-bands américains. Je veux être modiste pour les grandes dames. Je rêve de me perdre dans ce tourbillon. A 20 ans, je suis en plein dans ma Quête du Bonheur !

Qu’est-ce que c’est que cette idée d’être modiste alors que tu as passé le concours de l’Ecole Normale et ça veut dire quoi « quête du bonheur » ? Une nouvelle lubie ; une de plus ! Et puis méfies toi, peut-être que ton tourbillon n’est qu’un mouvement de balancier qui s’envole dans l’autre sens ? Prends garde à ne pas t’échouer dans un autre extrême.

Et si Maman avait raison ; si tout cela n’était qu’un autre déséquilibre tout aussi dangereux que la guerre. Pourvu que cela ne veuille pas dire qu’après cette euphorie reviendra le temps de la destruction.

Tiens, voilà ta lettre.

C’est sûrement la réponse à mon concours. Je ne l’ouvre pas ; je veux être modiste.

À SUIVRE...

Bizarrerie et découvertes

Boudu, je trouve qu'il fait un peu chaud pour la saison. Le climat change bizarrement. Je trouve cela inquiétant, d'autant plus que ce matin, en me rendant au salon des nouveautés, j'ai ouïe, perché dans un arbre touffu, un OISEAU qui miaulait à fendre l'âme? Si, si je vous assure, un OISEAU. J'ai tourné un moment autour du dit arbre pour en avoir le coeur net. Mais je n'ai rien vu d'autre qu'un oiseau! Et bé, nous voilà bien si nous ne pouvons plus appeler un chat, un chat!

Au salon, j'y ai découvert, entre autre, le "fil à couper le temps": avec lui, on peut interrompre une action qui dégénère. Chouette! Finit les punitions!

De suite après, il est utile de se procurer "l'entonnoir à déviation" qui permet de se réorienter sur un autre chemin. L'ennui c'est que l'on peut se rediriger vers mieux ou pire, selon notre choix. En fait, ce doit être cela le "libre arbitre".

jeudi 18 janvier 2007

TORNADE A TARNOS 2

ALFRED PLUCHON

« Depuis que je suis à la retraite, j'ai oublié toute cette histoire, vieille de tant d'années. J'en ai trop cauchemardé à l'époque. Que vous dire que vous ne sachiez déjà? Les victimes étaient transpercées dans le dos par une pioche, sur les rives de l'Arac, toutes étaient des anciennes de la DASS, comme votre macchabée d'aujourd'hui.

J'ai toujours pensé qu'il s'agissait d'une personne connue des jeunes femmes car on aurait dit qu'elle savait où, quand et comment, elle pouvait agir.

Plus d'une fois j'ai cru tenir une piste, un indice; à peine avais-je émis une hypothèse que déjà toute ma théorie tombait à l'eau… pardonnez-moi le mauvais jeu de mot.

Non croyez-moi, vous n'arriverez pas à débusquer le coupable, c'est un sadique qui n'a aucune autre motivation que de tuer, qui se délecte dans l'acte pour l'acte et rien d'autre. Ce genre de fous ponctuels qui, pour se venger d'un mot de trop ou d'un regard, s'adonnent à la tuerie de jeunes femmes sans défense. Ce peut être n'importe qui, vous, moi… vraiment n'importe qui… Ces meurtres resteront ad vitam éternam irrésolus. »

A SUIVRE...

mardi 16 janvier 2007

Ah la couture!

Ce matin, ma jupe godaille devant. Derrière, elle n'est carrément pas cousue partout!

Bon, regardons le positif de la chose: la poche qu'elle fait au genou lui confère une allure de pantalon bouffant, élaborant un savant tout en un, une espèce de "jupantalon" en quelque sorte, unique, jamais vu, et vous l'aurez compris, j'adore l'originalité, donc ça godaille, raï ! Les couleurs me vont.

La partie non cousue de derrière permet une ventilation régulière, évitant ainsi d'avoir trop chaud et en ces temps de pseudo froidures hivernales dûes à trop de CO2 (je me penche déjà depuis fort longtemps sur ce problème et avant de tomber dedans, j'ai changé beaucoup de mes comportements), finalement, c'est plutôt confortable. Mais j'entends la princesse en chef qui rentre et elle, elle sait manier la machine à coudre...

Finalement, c'est quand même mieux maintenant. Toutefois, j'ai beaucoup de fierté à ne pas avoir râler: cela n'aurait rien changé et m'aurait mise de mauvaise humeur.

Bonne journée.

Montcornus 3

A la naissance du jour, la fenêtre ouverte sur le soleil encore froid, Madeleine chercha du bout de ses doigts fuselés, la cicatrice de la veille, avec l'espoir qu'elle aurait disparue...

Elle y était encore;

Et une autre aussi, en plein milieu de son ventre, telle une vilaine césarienne taillée sans précaution, d'un unique coup de couteau.

Madeleine prit peur.

Elle voyait là une manifestation du diable, le jugement, la condamnation de ses amours cachées à son père.

“Mais non” répondit Guillaume, “le diable absoud plutôt l'interdit. Toutefois, d'après les notes griffonnées que j'ai découvertes dans le grenier de mon arrière grand-père, il y a peut-être un rapport avec le malin, mais pas comme tu le crois.”

Explique-toi Guillaume, je tremble de partout.”

“Il y a plus d'un siècle, la région a connu bon nombre de messes noires. Des sabbats, avec des sacrifices de femmes, dans la plus pure tradition de l'horreur. Le maître de cérémonie, cagoulé, enfonçait ses mains griffues dans la poitrine de ses victimes et en ressortait le coeur toujours battant pour en faire don aux démons. Les femmes souvent engrossées, étaient ouvertes d'une hanche à l'autre, d'un coup de poignard et l'enfant qu'elles portaient, offert à l'appétit féroce et insatiable de Belzébuth.

Avant d'être baptisé le Picou, ce mamelon s'appelait Mont Cornus, le mont du diable!

C'était l'un des endroits favoris pour ces rites ravageurs, un mont ferreux qui apprivoisait la foudre.”

“Et mes cicatrices, d'où viennent-elles?" interrogea Madeleine cramponnée au bras de Guillaume.

“Bido, le vieux fou du village, le seul qui semble se souvenir de ces légendes, m'a raconté ceci: les monstruosités qui s'y déroulèrent furent telles, que le lieu s'en trouva saturé. Il s'en libère aujourd'hui en empreignant les stigmates de ces meurtrissures sur le corps des promeneuses.”

"N'y retournons plus Guillaume.”

“Aies confiance, Mado, je vais conjurer le sortilège.”

A SUIVRE...

dimanche 14 janvier 2007

FIDELINE BUTINE SUR LE NET 1

FIDELINE : 100 ANS

28 juin 2000.

Un léger rayon de soleil entrecoupé de nuages entre dans ma chambre, filtré par les lourdes tentures de velours grenat tirées sur les deux fenêtres à petits carreaux. La pénombre tapisse les murs de gris bleuté et ajoute une note de mystère à l’atmosphère silencieuse de cette pièce si grande et si haute. J’entends le vieux carillon Westminster du salon doré égrener huit coups. Je m’étire.

Tototte et Tina étalées de tout leur long sur mon lit à baldaquin, ouvrent un œil, baillent, interrompant un cour instant leur ronronnement. Zoé la plus vieille des trois chattes, assise comme une grosse potiche couleur caramel aux pieds de mes pantoufles, attend que je me lève pour lui donner un bol de lait.

Pourtant, aujourd’hui, j’ai bien envie de fainéanter parce que c’est mon anniversaire: j’ai 100 ans. C’est étrange de dire cela : j’ai 100 ans, j’ai un siècle. Lorsque l’on est adolescent, on attend avec impatience ses 20 ans comme un cap qui doit ouvrir les portes de la Liberté, du savoir, de l’indépendance alors que ce n’est qu’un jour de plus d’apprentissage de la vie. (Il faut que je recherche si le mot « apprentissage » veut dire « apprenti - sage ».)

Mais on n’attend pas 100 ans. D’autant que l’on s’imagine les centenaires gâteux et impotents.

Tout de même, 100 ans.

346 cahiers de journal intime ;

36525 jours…

Pas plus ?… j’ai dû me tromper dans ma multiplication : 365 par 100, cela fait 36500, plus 25 pour les années bissextiles : 36525 jours.

Tiens, je m’attendais à des millions de jours… Finalement, vu sous cet angle, 100 ans, ce n’est pas énorme, c’est moins impressionnant, plus à l’échelle humaine. Je me sens rajeunie tout à coup.

L’arrivée de Rosa, ma filleule, une jeune Kenyane, me tire de mes réflexions.

Bonjour Marraine, je voulais t’embrasser avant d’aller à mon cour de langue française.

Tu es bientôt en vacances ?

Oui, ce soir. Je rentrerai tôt. Et toi que vas-tu faire ?

Je vais me faire peigner chez Mamadou ; c’est un bon coiffeur. J’ai décidé de changer de « look » comme tu dis ; J’en ai toujours envie dans les grandes occasions. Rosa, je voulais aussi te dire que c’est vraiment bon que tu sois là.

Bon, je me dépêche. Avant toute chose, je fais un nœud à mon mouchoir pour me souvenir de la petite réception chez Monsieur le Maire à 18h00 très précises, pour célébrer la plus vieille dame de la ville, c’est-à-dire moi.

A SUIVRE...

jeudi 11 janvier 2007

Montcornus 1

Guillaume, du bout des lèvres, siffla doucement sous la fenêtre de Madeleine. Elle était encore à table, son père n'avait pas fini son repas.

D'une main aux ongles éculés, il récura son assiette d'une grosse mie de pain. La dernière bouchée avalée, une gorgée de vin chaud en suivant, il essuya méticuleusement la lame de son couteau et la replia dans le manche sculpté. Signal que Madeleine avait enfin le droit de quitter la table.

Où vas-tu?” interrogea-t-il d'une voix autoritaire.

Me coucher, père. De pelleverser le jardin m'a épuisée.”

Silencieusement, après avoir embrassé le front de cet homme bourru, elle gravit l'escalier de bois sombre qui craquait sous chacun de ses pas.

La porte de la chambre refermée,

elle se précipita sur le balcon où l'attendait Guillaume.

Ensemble, ils prirent le sentier du Picou, ce petit mamelon boisé en son sommet, en plein coeur des Pyrénées, qui hébergeait leurs amours caressantes.

Là, Guillaume défit l'un après l'autre les petits boutons blancs de la chemise de Madeleine.

Les yeux fermés, elle laissait faire.

Elle attendait tout,

la vie,

la passion,

la mort.

Tout se mélangeait dans cet instant exalté,

son corps seul parlait...

A SUIVRE...


*****

La comtesse de Bragada

Connaissez-vous la Comtesse de Bragada? Celle-là même qui transcrit l'univers en mot, réalise les utopies désertées, teinte les vies incolores, nuance les rêves trop ternes, donne la parole au fabuleux? Oui? Non?

Je suis apparue un beau matin en plein milieu des touches de son clavier (celui de la rédactrice) et je me suis installée dans sa vie sans autre forme de procès. J'ai commencé à raconter, raconter, raconter et elle à écrire, écrire, écrire: des contes pour enfants, des légendes, des tranches de vie, des contes-polars, des histoires en tout sens. Tellement qu'aujourd'hui je vous les livre en épisodes à suivre et à déguster un petit peu, régulièrement...